BARA de Madagascar

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samedi 31 août 2013

Tompontany & Terroire

Tanindrazana - Patrie Territoire

Dès 1954, l'ethnologue Jacques Faublée évoque la notion de tompotany (souvent traduit par « maîtres de la terre ») chez les Bara de Madagascar. 

Un article intitulé "Perceptions et usages de la forêt en pays bara (Madagascar)" dans la publication BOIS ET FORÊTS DES TROPIQUES, 2003, N° 278 (4), de Bernad Moizo mentionne que :

   "En principe, ceux qui le (titre de tompontany) possèdent peuvent tout contrôler dans leur territoire". (p29)

Dix ans après, que reste-t-il de ce statut par rapport à la terre ?

Rappelons-nous que "l'affaire Daewoo" fut l'un des révélateurs de la politique de libéralisme à outrance de Ravalomanana et qui a conduit à sa chute justifiée.

Notons aussi au passage, que ce cas n'est pas unique au monde, et souvent les publications font toujours référence à "l'affaire Daewoo" dès lors que l'on évoque ces multinationales qui changent souvent d'identité (sous d'autres noms d'emprunt - donc avec la complicité des locaux) pour l'aquisition de terres agricoles...

Aujourd'hui dans l'Ibara, le groupe Tozzi Green promet un meilleur avenir aux Bara et dans le respect des lois malgaches selon leurs dires. En face, d'autres se plaignent de l'irrespect de cet investisseur...

Dans tous les cas, ces deux versions révèlent bien un malentendu, une mésentente, qui a mon humble avis s'estompera de lui-même, dès lors qu'un réel PARTAGE sera réalisé. J'entends bien :

  • un partage des charges - contraintes - responsabilités - peines...
  • un partage des bénéfices - récoltes - avantages - joies...
Afin de mieux se forger une opinion (et de porter un jugement dans le temps), mieux vaut voir chaque version :

  • celle de Tozzi Green, consulter leur site
  • celle des autres, faute de site et/ou d'avis des associations Bara, je ne dispose que de quelques documents...

Plainte à Satrokala datant du 23.06.2013



Justificatif des Tompontany de Mahavondraky & Manasoarena

et comme le conclue l'article de l'Observateur datant du 31.07.2013 :


"affaire à suivre"
En attendant, pour limiter les malentendus, le parti Hasin'i Madagasikara a déjà proposé une solution simple et efficace : "rédiger les contrats en malgache"


(re) lire l'article
Effectivement, les investisseurs ont suffisamment les moyens de s'offrir des interprètes. Ce qui n'est guère le cas des TOMPONTANY.

Et pour joindre l'utile à l'agréable, cela créera des emplois aux lettrés malgaches par la même occasion non ? 

Enfin, des cas similaires restent à déplorer dans le monde. Rien ne vous empêche d'apporter votre petit soutien - à l'instar du colibri de Pierre Rabhi - car survivalfrance oeuvre dans ce sens :


"Lorsque les peuples indigènes sont expulsés de leurs terres, lorsque celles-ci sont détruites au nom du ‘progrès’, leur souffrance est indéniable : alcoolisme, maladies chroniques, mortalité infantile et inactivité sont, trop souvent, les effets de l’assimilation forcée à la société dominante.

Lorsque les peuples indigènes sont arrachés des terres qui inspirent leurs chants, leurs danses, leurs mythes et leur mémoire, une grave dépression peut survenir. Toutes ces pratiques sont les fondements de leur propre histoire; leurs rituels représentent une myriade de façons imaginatives de concevoir la vie. Sans leur terre, le maintien de leur identité s’effondre.

Lorsque les Bushmen entrent en transe sur le son rythmé de la danse, lorsque les Hopi chantent pour appeler la pluie et que les Enawene Nawe jouent de leur flûte au crépuscule, ils renforcent la cohésion sociale et célèbrent leur union avec la Terre. La perte de leurs terres est catastrophique, mais la solution à leurs problèmes – la reconnaissance de leurs droits territoriaux, en faveur de laquelle Survival mène campagne depuis plus de quarante ans – est simple."


Voir aussi l'article du SIF sur les Bara : 


L’accaparement de terres par les grands investisseurs étrangers œuvrant dans l’exploitation agricole Région Ihorombe

"Suite aux investigations menées sur place, il a été constaté que le bail emphytéotique du terrain de 6558Ha 78a 16ca, cédé à la société Tozzi Green, constitue un choc pour la population locale, ayant été fait à son insu. La Région d’Ihorombe est majoritairement habitée par le foko Bara, lequel vit essentiellement de l’élevage extensif de zébus, ayant besoin d’une superficie de plus de cinq hectares chacun par an, pour bien vivre. On y répertorie plus de 600 000 têtes de zébus. Il est important de noter que l’homme, les animaux, accessoirement les zébus, l’eau et la terre sont interdépendants dans la société Bara. Si l’élevage de bovins connaît un blocage, le reste suit.

Depuis la Royauté, les lois qui se sont succédé ont toujours reconnu la présomption de domanialité. Autrement dit, les droits non écrits ont également leur poids et les personnes ayant occupé les terres par la mise en valeur peuvent jouir de leur propriété. Nous avons un vide juridique pour ce qui est des terrains de pâturages, mais cela ne veut pas dire qu’ils appartiennent logiquement à l’Etat ou à un quelconque individu. Selon les lois existantes, l’aménagement d’une parcelle et son utilisation peuvent définir le propriétaire. Si la personne est bien un occupant traditionnel de la surface terrestre, on peut considérer cette dernière comme étant une propriété privée non titrée, selon l’article 33 de la loi 2005-019 du 17 octobre 2005, fixant les principes régissant les différents statuts des terres. D‘après la population locale, l’occupation de ces terres n’a pas été prise en compte. Les autorités ont directement considéré les terrains comme propriété de l’Etat." (28.08.2013)

Enfin, si vous êtes dans la région parisienne le DIMANCHE 15 SEPTEMBRE à 
14h n'hésitez pas à assister à la TABLE RONDE organisée par Dago-Rias à la "Fête de l'Huma" sur :


Convoitises sur les ressources à Madagascar

avec la participation de :
  • Vahinala Douguet-Raharinirina (Chercheure en Economie Ecologique)
  • Nicolas Sersiron (CADTM-Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde, Echanges non marchands)
  • JC Rabeherifara (Sociologue, "aujourd'hui l'Afrique")...        

voir le programme en entier

Et au Brésil ? Territoire
Harcellement et décès, suite aux problèmes fonciers...

lire l'article
... mais elle (tompontany brésilienne) ne baisse pas les bras !
Photo du mois
Le pasteur Bara et le pasteur de la vallée de l'Omo symbolisent la fragilité de la terre et de ses occupants...

voir la vidéo de Survival France
Musique du mois
Matsubara



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Mise à jour le 14.12.2016 : 


(source)

   "En 2005, à Madagascar, le gouvernement a adopté une grande réforme foncière. L'objectif était de reconnaître les droits locaux fonciers coutumiers et de répondre à la demande de sécurisation foncière des Malgaches. Plus de dix ans après, quel en est le résultat ? Des chercheurs viennent de rendre publique deux études sur l'impact réel de cette réforme auprès de la population.

Terrains immatriculés au nom d'anciens colons, absence de titre foncier... A Madagascar, nombreux sont les habitants qui ont connu des difficultés pour prouver leur droit à la propriété. De 2005 à 2015, l'Etat a conduit une réforme pour sécuriser les propriétaires des terres. Une innovation, comme l'explique Perrine Burnod, chercheuse au Cirad, affiliée à l'Observatoire du foncier à Madagascar.

« En 2005, il y a deux innovations, et l'idée est de se rapprocher des besoins en sécurisation de la population. C'est d'abord de décentraliser : l'Etat partage le pouvoir avec les communes, pour aider à enregistrer les droits. La deuxième idée, c'est que sur une terre qui n'est pas titrée, quelqu'un qui a hérité d'une terre ou qui travaille sa terre soit reconnue comme propriétaire sous réserve que les voisins, les personnes respectables du village et les autorités locales soient d'accord. »

Qui sont les personnes qui ont demandé un certificat foncier ? Heriniaina Rakotomalala, responsable des études et de la capitalisation du foncier à l'Observatoire du foncier dresse le profil type de ces propriétaires « officialisés ». « On remarque tout d'abord que ce sont des femmes qui certifient plus leurs terres que les hommes. Ensuite, on remarque que les moins aisés certifient les parcelles autant que les ménages riches. Ensuite, concernant l'origine, les migrants certifient plus que les autochtones », explique l'analyste.

D'après les études menées, l'impact de ces certifications n'est pas économique, mais plutôt social. Les ménages ont sécurisé la terre qu'ils pourront transmettre en héritage.
D'autres questions se posent désormais : comment attribuer de la terre à ceux qui n'en ont pas ? Comment la répartir entre les agriculteurs, et les gros investisseurs ? Voilà les nouveaux enjeux de la réforme à venir."


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Mise à jour le 24.10.2017 : 


"Encore un autre litige foncier vient grossir les rangs de ceux qui n’ont pas encore été résolus. En effet, la région Ihorombe est la victime d’un différend entre le peuple et une société dénommée « Tozzi Green ». Le président du FITIBA ou « Fitambaran’ny Terak’Ibara » de la région Ihorombe, Emile Razafindramaka, les membres de la société civile « Ny Toho tsy mba zay » ainsi que les représentants de la population locale ont quitté Ihorombe pour tirer la sonnette d’alarme face à ce qu’ils estiment être injuste. Une rencontre avec des journalistes a été, de ce fait, effectuée hier à Tsimbazaza. « Le terrain sur lequel s’est implantée la société Tozzi Green nous appartient. Nous l’utilisons pour le bétail », a affirmé Emile Razafindramaka. Et lui de continuer qu’ « une autre société dénommée Land Mark a d’ores et déjà, par le passé occupé, 3500 ha de terrain à Ihorombe, mais a désisté. Ensuite, Tozzi Green veut récupérer ce terrain délaissé par Land Mark. C’est ce que nous réfutons ». D’après ses explications, l’affaire ne date pas d’hier car, en 2015, une pétition – pour laquelle l’ensemble de la population de la région s’est mis d’accord à ce que les terrains à Ihorombe restent leurs biens – a été organisée. De surcroît et ce d’après le président du FITIBA Ihorombe, il s’avère qu’ils ont été menés en bateau depuis le début. « Initialement, Tozzi Green avait planté du Jatropha sur le terrain. Puis un ou deux ans après, elle a remplacé la plante par du tournesol. Et actuellement, c’est du maïs que nous voyons sur le terrain ».  L’association espère de ce fait que leur message soit entendu. D’autant que « les membres et les habitants reçoivent des menaces », toujours selon les explications d’Emile Razafindramaka."


Aina Bovel

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Mise à jour le 08.12.2017 : 
(source)
"A Madagascar se tenait mercredi 6 décembre un procès atypique, qui opposait un ancien ministre et un groupe de paysans, sur fond de droit d'accès à la terre.

C'est l'histoire d'un bout de terre laissé vacant par un ancien ministre, Georges Ruphin, parti prendre un poste d'ambassade en Italie : 569 hectares, non loin de Tananarive, qu'il a rachetés en 1988 à une société coloniale. Cette entreprise y faisait pousser des bancouliers, des arbustes qui produisent des noix avec lesquelles on fait de l'huile. Quand le ministre part prendre son poste, il laisse la terre aux anciens employés de la société, qui la travaillent et la font fructifier pendant son absence. Ils tirent un revenu de leur travail.

Mais quand il revient, 5 ans plus tard, il décide d'entreprendre une démarche d'expulsion à l'égard des paysans qui eux refusent d'en partir.

Georges Ruphin veut récupérer ses terres et veut faire de l'agroforesterie, comme en son temps la société coloniale, un mode d'exploitation des terres agricoles qui couple arbres et culture d'élevage, un modèle à des années-lumière  du modèle de l'agriculture paysanne, d'accès à la terre, qui permet aux paysans de se rémunérer grâce au foncier.

Si le droit malgache est du côté du ministre, ce procès pose tout de même un conflit d'ordre moral. Georges Ruphin réclame des dommages et intérêts par année où il n'a pu exploiter sa parcelle.  Et aujourd'hui les paysans demandaient un recours suspensif au tribunal de Miarnarivo. Mais le Tribunal de cassation a refusé de suspendre l'ordonnance d'expulsion. Le procès va se poursuivre début 2018."