BARA de Madagascar

Photos & Vidéos de BARA

samedi 7 janvier 2017

Besoin de sécurité

Peur de vivre ? - Chronique Dahalo

    Puisque vous êtes en pleine lecture de cette article alors :


Félicitation d'avoir survécu à 2016 ! 

   Effectivement, c'est ainsi que l'on célèbre le premier jour de l'année en malgache :

Arahaba tratry ny taona vaovao !

   Comme nous le constatons, l'essentiel est de prendre conscience que l'on est encore en vie, avant de se focaliser sur l'année avenir. Cette attitude nous rappelle le réflexe des paysans malgaches suite au passage d'un cyclone : On vérifie que chacun est sain et sauf avant de se préoccuper des inévitables dégâts matériaux. Leurs habitations étant souvent sommaires (à l'opposition des tombeaux en dure, car demeures définitives) ils se résignent à la reconstruction, sans attendre un hypothétique décret de catastrophe naturel (quelle arrogance de l'homme de décider à la place de la nature) et encore moins, sans compter sur les assurances.

   On est en vie. On respire. 

   Vers fin de l'année 2016, le prefet de la ville où je réside, Lyon, a dû publier un arrêté municipal afin de garantir la sécurité concernant la qualité de l'air que respirent ses administrés. Quand une grande ville est contrainte à appliquer une circulation alternée des véhicules (symboles de liberté des pays occidentaux) c'est que leur santé est menacée.



(source)
       Au lendemain des ripailles de fin d'année (et des galettes des rois actuelles) d'autres meurent de fin sous d'autres latitudes. Le besoin de sécurité alimentaire est fondamental, ainsi que celui de l'eau. 


(sources : photo de gauchephoto de droite)
      Après avoir régler ces deux premières préoccupations vitales vous pouvez vous soucier de la sécurité du logement. En ces moments de grand froid, bon nombres de personnes souffrent. La fameuse trêve hivernale n'est qu'une solution d'urgence et provisoire qui est devenue définitive faute de vrai projet social en cohérence avec le fameux vivre ensemble dont on nous bassine sans cesse.

      Evoquer le logement nous renvoie à trois cas de figure :

  1. Vous faites partie de la "classe aisée" alors pas d'insécurité pour vous loger.
  2. Vous faites partie de la "classe moyenne" alors l'insécurité vous guette. Vous n'êtes pas assez riche (revenu insuffisant) pour que les agences immobilières acceptent votre dossier. Même si vous avez toujours bien payé votre loyer et bien gérer votre  petit budget familial, la société de l' "Egalité - Liberté - Fraternité" vous laisser sur le banc de touche ! Car vous n'êtes pas assez pauvre pour que votre demande de logement social (HLM) soit acceptée non plus. Notons au passage que cette couche moyenne tend à se réduire parce que les personnes vont de plus en plus rejoindre le dernier lot. 
  3. Vous faites partie de la "classe des démunis". La liste d'attente est longue, si bien que l'Etat préfère payer chèrement les hébergements dans les hôtels au lieu de mettre en place un système plus cohérent.
        Il et vrai que pendant la durée du bail, le locataire est en sécurité. Cependant si ledit bail n'est pas renouvelé, la famille se trouve en totale insécurité car le propriétaire reprend ses droits et l'ancien locataire ne pourra plus se reloger pour les raisons évoquées en (2).

   Chez les Bara, du moins fin XIX siècle, l'insécurité du logement n'existait pas. Effectivement, chacun construisait sa case en respectant la configuration du village et le système social en place.


(sources : photo de gauche & photo de droite)
      Par contre, l'insécurité du vol plane en permanence sur chaque clan et même au XXI° siècle encore ! Les troupeaux de zébus sont de véritables assurances dans la société Bara. Garantie lors des multiples rituels, mais aussi assurance en cas de famine : il est toujours de céder une vache contre quelques sacs de riz si besoin est. 

    Ainsi le vol de zébus reste un véritable fléau en milieu rural Bara et dans tout Madagascar comme le témoigne ce bilan de la gendarmerie malgache, rien que pour l'année 2016 : 

(source)

   Boris Cyrulnik nous rappelle que "quand ont vit en totale sécurité on a un psychisme totalement engourdi". Ecoutez-le bien à la séquence 1mn42 de l'émission "Moi Président en 2017" :


(écouter l'émission du 03.01.2017)
   Enfin, chaque candidat à la prochaine élection présidentielle française nous promet :

  • la sécurité d'emploi
  • la sécurité sanitaire
  • la sécurité contre le terrorisme  
mais pas la sécurité contre la bêtise humaine...

   La seule sécurité est celle qui est en vous même, mais pour y accéder il faudra passer par le travail sur soi, qui plus est, toujours douloureux, avant d'atteindre le divin en vous et ne plus avoir peur de... vivre !

"La peur est vide en son centre" 

   Je vous souhaite une année 2017, méditative ! Namaste.

Photo du mois




____________________________

Mise à jour le 11.01.2017 :
    Penser le besoin de sécurité nous oblige à penser la violence, mère de l'insécurité :

  "Dans les sociétés tribales, où l’Etat était quasi-inexistant, quand on voulait régler un problème avec un voisin, on n’avait pas trop le choix. Impossible d’aller déposer une plainte au poste de police ou d’aller régler ça au tribunal. Alors pour assouvir sa vengeance ou simplement s’auto-défendre, on allait au plus direct : on tuait".


(source)

  " Paradoxalement, plus la violence diminue, plus on est sensible aux formes résiduelles de violence... et moins on se sent en sécurité".
  " On sur-estime la probabilité des événements dont on entend le plus parler. Ça revient à penser : " si on en parle beaucoup, c'est que c’est que ça doit arriver souvent ".

  " Il peut y avoir encore plus dangereux que le terrorisme : c'est notreréaction aux attentats terroristes ".


  " Le risque d’oublier les vrais dangersPour résumer, il y a :
  • d’un côté, une violence en recul dont tous les électorats sur-estiment l’importance - et qui devient donc un des enjeux politiques principaux.
  • de l'autre, des sujets beaucoup plus préoccupants - mais qui sont clairement relégués au second plan".


   Libre à chacun d'être optimiste ou pessimiste...




dimanche 11 décembre 2016

Besoin de mourir

Mort du corps... et l'âme ? - Au-delà

    En 1850 Brillat-Savarin a inscrit "mourir" parmi les besoins humains. Effectivement, si nous ne mourrons jamais la planète sera déjà saturée ou complètement détruite, étant donné notre capacité de destruction. L'anthropocène désigne d'ailleurs la période actuelle où l'être humain a laissé des traces irréversibles sur l'environnement.  

    Bien que les Bara ne soient pas de grands prédateurs ni de grands pollueurs, comment conçoivent-ils la fin de vie ?

(source)
    Toujours chez les Bara - et les malgaches pratiquants l'exhumation - la mort est un processus nécessaire et suffisant pour entrer au panthéon des ancêtres. 


(source)
   Beaucoup de Bara et de malgaches se sont convertis au christianisme, ce qui n'empêche pas la mort de frapper d'une manière nouvelle dans l'Ibara et tout Madagascar d'ailleurs. L'assassinat est devenu tristement fréquent quand l'enjeu commercial autour du commerce du zébu prend des proportions importantes.  

   Depuis le début de l'opération Mazava (lumineux) contre le vol de zébus et pour le rétablissement de l'ordre en milieu rural, 25 personnes sont déjà morts ! Sombre bilan pour une opération lumineuse. 


(source)

   Ce n'est pas parce que le verset 110 de la Sourate 18 du Coran annonce "Dis : Je ne suis qu'un être humain comme vous" que l'humanité a le même comportement face au sujet philosophique qu'est la mort.


(source)
   Chaque culture la manifeste différemment. Celle de l'Occident est plutôt une vision de la mort aseptisée où l'on prend des distances, dans la mesure du possible, même quand il s'agit de la mort d'un proche. Ceci explique peut-être aussi ce pessimisme grandissant dans le monde moderne comme l'écrit Gaston Paul Effa dans "Le dieu perdu dans l'herbe" à la page 153 :


« Vous avez peur de la mort car vous avez oublié de vivre »



Photo du mois

____________________
Mise à jour le 08.01.2017 :

   Considérée comme un suicide par certains et d'ailleurs interdite par la législation japonaise actuelle la pratique du sokushinbutsu permettait à quelques moines bouddhistes de mourir à petit feu et de se momifier.

(lire aussi)




lundi 7 novembre 2016

Besoin de zébus

"Prières, bouses et potions pare-balles : La vie d'un zébu dans la tribu Bara"Zébu

   Voici un reportage de Deb Tanni et de Thomas Page publié par CNN le 02.11.2016. 


   "Avec ses 592.000 km², Madagascar est la quatrième plus grande île dans le monde. L'Île Rouge possède un de ses écosystèmes les plus fascinants, abritant 200 000 espèces animales et végétales connues, mais aussi 20 différents groupes ethniques.

   Voici l'histoire commune d'un animal et d'un groupe ethnique : Le ZEBU et la tribu BARA, plus précisément du village de Sakamaninga.


Des bêtes sacrées :
Le zébu - une espèce de boeuf à bosse - est précieux, voire sacré et indispensable à l'économie de la tribu.

   Les Bara vivent au sud-ouest de l'île dans une région connue pour sa large variété de terrain, couvrant des formations de grès, des canyons profonds et des terres de hautes herbes. C'est à travers ces paysages reculés que la tribu guide son bétail.

   Ils ont gagné leur réputation de guerriers féroces par nécessité. Effectivement, ils doivent protéger à tout prix leur bétail ainsi que leurs axes de passage avec des lances traditionnelles mais aussi des fusils de chasse.


   Les propos de Fernando Samby : "Le Zébu peut nous sauver dans n'importe quelle circonstance" rappellent ce proverbe Bara :  

"Tsy misy raha tsy efitsin’aomby amin’ny Bara"

"Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara"

   Ce jeune bouvier de 16 ans, fils du Roi de village Sakamaninga, rajoute que : "Si nous avons besoin d'argent pour la nourriture alors nous n'avons juste qu'à vendre un zébu".

   Samby alterne l'école avec la surveillance des troupeaux pastoraux qui peut occuper des jours entiers.

  "Je commence tôt le matin" dit-il. "Après le petit-déjeuner, je sors le bétail de leur enclos, ensuite, je reste dehors avec eux toute la journée, pour ne revenir qu'en fin d'après-midi".

   Samby patrouille avec un fusil de chasse pour repousser les malaso, ces voleurs de bétail. Il travaille dans les mêmes conditions difficiles que la tribu Mundari du Soudan du Sud. 

   A l'instar des Mundari, un lien rapproche l'homme et la bête. Le bétail est considéré comme un intermédiaire entre la tribu et le Dieu. Les prières pour leur bien-être sont récitées chaque matin par le Roi Samby et le parc à zébus (vala)  a une connotation spirituelle.

   "Il faut se déchausser et se découvrir avant d'entrer dans le vala" explique le fils du roi. "Même la bouse de zébu est manipulée à même les doigts parce qu'elle n'est considérée comme souillée. Après avoir bu du lait de la vache, le récipient utilisé doit être lavé et l'eau doit être jetée à l'Est, la direction sacrée".


Mariages rouges

   Le respect de la tradition est primordiale chez les Bara, particulièrement lors  du mariage. Le zébu est encore impliqué ici. Les prétendants doivent prouver leur bravoure par des "razzias de bétail". "Ce n'est plus commun dorénavant" dit l'anthropologue Clément SAMBO. "Ils voleraient seulement un ou deux zébus pour montrer la force. Le choix était de voler ou de faire face à l'emprisonnement le cas échéant".



   Les vols de bétail dans le cadre de rituel de mariage se font rares de nos jours, même le zébu constitue toujours le dot matrimonial. On donne le bétail aux parents d'une jeune mariée et seulement quand ils sont tous abattus est le couple considéré a épousé, explique le Roi Samby.*

  Étant donné le caractère sacré du bétail, les Bara font tout pour protéger leurs troupeaux, y compris le recours aux conseils clairvoyants de l'Ombiasy.

   "Il y a deux différentes sortes d'Ombiasy" dit Clement SAMBO, "Le mauvais et le bon. Les mauvais sont considérés comme des sorciers et les bons sont responsables de garder la paix dans la société et ils sont souvent des guérisseurs, des astrologues, des sages-femmes et des tradi-praticiens malgaches".

   Un Ombiasy peut utiliser une combinaison de potions pour protéger le bétail de voleurs, explique l'anthropologue
  • Le Too-ja-ka "pour s'étendre" en malgache permet au bétail de s'enfuir à l'approche des voleurs. 
  • Le Si-ham-ba-la-ha-fa provoque la mort du zébu dès qu'il rentre dans le parc du 
  • Le oly bala est une potion protégeant le bétail et les propriétaires des balles.

   Il arrive alors que les prétendants ne font plus de razzia sur les troupeaux de zébu. Ils se contentent juste de négocier".

   Je vous invite à consulter le site Bara pour confirmer ou corriger ( * ) le contenu de ce reportage. Dans tous les cas, CNN nous a fait un beau cadeau à travers les 3 courtes vidéos associées et qui nous donnent un bel aperçu sur la huitième édition du festival de karitaky à Ranohira.

 
        
  
  
  

   Vous trouverez à cette page les 3 liens vers les 3 vidéos : 

(accès à la page vidéo)
Photo du mois


dimanche 9 octobre 2016

Besoin de rituel

Rituels - Protection

        Après l'introduction sur les besoins humains, poursuivons notre inventaire sur les besoins supposés secondaires mais important pour notre bien-être ou plutôt pour nous donner assurance face aux aléas de la vie.

            Chez les Bara les événements les plus importants nécessitent un rituel où le zébu servira à connecter le groupe sur terre aux ancêtres du panthéon. Un dicton résume cette foi : 


" Tsy misy raha tsy efitsin’aomby amin’ny Bara"

" Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara" 

(source : Les Bara de Madagascar - Une civilisation du boeuf" Luigi Elli - page 64)

               Il en est de même chez les sociétés dont le PIB est nettement plus élevé tels que la Corée du Sud. Ce pays qui sert de modèle de développement ne peut pas s'affranchir de rituel avant de tourner une série télévisée par exemple, sauf qu'ici c'est le cochon qui en fait les frais !

  

  


   

                                        


(voir le document séquence 18mn13)

Misaengmul (2015) Bonus - épisode 2

Baek Seung Ryong (백승룡) Ahn Yong Jin (안용진), Kwak Kyung Yoon (곽경윤) 


Photo du mois 



jeudi 8 septembre 2016

Besoins & Envies

Situation de manqueAlimentation

   Les Bara sont comme n'importe quel malgache et tout autre peuple à travers le monde, c'est à dire ils ont BESOIN :

  • d'air (respirer) - rivotsy (miay ) 
  • d'eau (boire) - rano (misotro)
  • d'aliments (manger) - sakafo (mahakama)
  • de déféquer et d'uriner - mivala (arirano – fiamotoa)
  • de s'abriter (habitation) - trano (anjomba)
  • de s'habiller (vêtement) - fitafia (sarimbo)
  • de se reposer (dormir) - matory (miroro)
  • de se reproduire (sexualité) - maneraky (milongo)
  • de mourir (laisser la place aux nouvelles générations) - maty (nila bonaky)
   Ce qui différencie les Bara des autres c'est leur BESOIN de zébus car :


 "Tout est réalisable grâce aux zébus chez les Bara"


   Quand les 9 besoins vitaux sont assouvis alors l'être humain éprouve d'autres besoins :

  • de sécurité - fandriampahalemana
  • de richesse - harena
  • de seconde funérailles - havoria (volamena)
  • ect - sns.

   En fonction de leur localisation les hommes ont des besoins secondaires propres à leur culture. Les besoins des occidentaux ont été hiérarchisés par Abraham Maslow. Il a publié dans le livre "A Theory of Human Motivation" les résultats de ses recherche en 1943.


(source)
   L'influence et le fait de copier le mode de vie des étrangers à travers le monde ont transformé petit à petit nos manières d'être...

   Aujourd'hui les malgaches éprouve le besoin de se faire des selfies...


(source)
    Il est question d'image de soi ici : le besoin de reconnaissance, le besoin d'exister au sein du groupe...



   Nos sociétés modernes ont ensuite créé des besoins...



Photo du mois



__________________

Mise à jour le 05.11.2016 :

(lire l'article)
__________________

Mise à jour le 16.11.2016 :