BARA de Madagascar

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dimanche 13 août 2017

Besoin de dirigeants et de justice

Des royaumes à la démocratie - Juridiction





   Jadis la société Bara était structurée autour de l'autorité des souverains et de leurs fondés de pouvoir. Actuellement des représentants élus, plus ou moins démocratiquement, essaient de représenter tant bien que mal le peuple Bara. 

   Etant donné que 2018 sera l'année de l'élection présidentielle à Madagascar, des candidatures sortent de l'ombre et celle d'un pasteur roulant en Hummer est déjà bien médiatisée. Lors d'un meeting dans le stade de Mahamasina, les gradins étaient pleins à craquer et la région Ihorombe était bien représentée.



   En attendant l'ouverture officielle de la propagande électorale, voici un aperçu de ce que fut le système judiciaire Bara pendant la période pré-coloniale. Ce texte vous est présenté en avant-première d'un projet d'une monographie sur les Bara.


    "Chapitre 5 : Organisation sociale et activités de production


   Au fil de leurs migrations du sud-est vers le nord-ouest, « il est fort probable que les chefs de familles n’ont obéi à des rois que depuis quelques siècles »  selon Jacques Faublée.

   Cependant, Louis Michel reconnaît « qu’au sein d’une société pastorale bara, l’organisation des tribus et du royaume présentait un ordre assez net » . Rappelons que le foko réunit tous les Bara et que chaque clan (tariky) dispose d’un village commun. La masse de la population bara se reconnaissait sous le générique Bara Malio.  Etymologiquement « Bara Propre », cette appellation regroupe tous les hommes libres, n’appartenant ni à la noblesse, ni esclave. Bien structurée, la juridiction de la société Bara disposait de trois instances pour régler leur différend.




Les responsables et les instances judiciaires

   La première instance assurait une mission de réconciliation au sein de la communauté villageoise. Cette juridiction était sous la diligence d’un élu des villageois, indépendamment de la caste. Ce lonaky y siégeait uniquement à titre consultatif.

   La deuxième instance servait de juridiction d’appel des décisions précédentes, sous la présidence du manandranomay. Littéralement « ceux qui ont de l’eau chaude » c’est-à-dire « ceux qui détiennent le pouvoir » . Il s’agit des assistants du roi. C’est lui qui désignait ces magistrats, sur des critères « d’attachement de fidélité à sa personne »  et toujours indépendamment de leur caste. Ils pouvaient être affectés dans d’autres provinces et leurs décisions étaient irrévocables, sauf pour ce qui relève de la cour royale.

   La troisième instance, celle du pazaka, était une justice sans appel. Ici, le roi détient un pouvoir héréditaire.

   Le souverain était assisté par quatre tandonaky . Faisant partie de la cour, ces notables étaient des missi dominici en temps de paix et des chefs de guerre en cas de conflit. Cette fonction à vie pouvait être révoquée quand les administrés se plaignaient de leur incompétence auprès du souverain. La garde royale était constituée de dix hauts dignitaires, les tsimanata . Ils étaient choisis au sein de la caste noble. Un membre de ce « corps d’élite »  sera chargé de l’exécution, par un coup de sagaie, des condamnés en cas de peine de mort . L’indemnisation des magistrats ainsi que l’amende des condamnés se réglaient en zébus. De même, la place du zébu était primordiale du temps des royautés bara car les échanges économiques obéissaient aux règles du troc.

   Faute d’armée de métier, tous les hommes étaient mobilisables en cas de conflit, quel que soit leur âge, même s’ils étaient mariés. Les femmes valides accompagnaient la troupe afin d’assurer leur ravitaillement, tout en chantant des atsa. Des joueurs (pamaliha) de valiha  interprétaient des airs afin de remonter le moral des troupes. La date de début du conflit était décidée par le souverain, après consultation de l’ombiasa. C’est encore ce dernier qui annonçait la fin des affrontements, en criant « Volamena ranandria » ou « C’est de l’or messieurs » tout en s’interposant au milieu du champ de bataille avec sa canne sertie d’or. Instantanément, « les vaincus apportaient aux vainqueurs le bâton d’or de leur ombiasa et rendaient leurs armes »."

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Mise à jour ce 20.08.2017 :






 Le cadi délivre une justice de conciliation plutôt que de sanction...

(écouter l'émission)

Photo du mois :





lundi 10 juillet 2017

Besoin d'appartenance

Généalogie et Société - Filongoa






    Le mois précédent nous avons découvert le besoin de reconnaissance de tout un chacun. Ce besoin se manifeste par rapport au regard de l'autre donc au sein d'un groupe d'individus.

   Les Bara n'échappent pas à cette règle et même de nos jours ils revendiquent tous d'être descendants de Zafimanely. Mais il fut un temps les groupes Bara étaient mieux définis comme nous le rappelle la Petite encyclopédie du Grand Sud de Madagascar de Jean-Michel Lebigre :



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   Pendant la période pré-coloniale, plusieurs généalogies de souverains Bara étaient encore transmis dans les récits des populations de l'Ibara.


(source)
  
(généalogie)

  L'exclusion des clans, définie dans le livre "La cohésion des sociétés Bara" de Jacques Faublée, signifiait une mort symbolique mais encore un risque de non-survie dans les conditions difficiles de l'époque.

  Aujourd'hui, les sociétés Bara ont évolué jusqu'à ne plus devenir qu'une des 18 tribus malgaches. Néanmoins, la population de l'Ibara revendique son appartenance à cette région de l'Ihorombe même s'ils ont essaimé à travers la Grande Île et dans le monde entier. Preuve en est l'existence de l'Association des Natifs de l'Ibara ou FITIBA.


(source)

   La nouvelle génération de Bara s'est très bien appropriée l'usage des réseaux sociaux pour se retrouver en communauté...


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   Enfin, certains chercheurs, comme Julien D’Huy, ont remonté assez loin dans l'histoire de l'humanité pour placer l'individu au sein d'un groupe :


Le motif de Pygmalion :
origine afrasienne et diffusion en Afrique "



(source)

Photo du mois


lundi 19 juin 2017

Besoin de reconnaissance

Estime de soi - Vol de zébu






    Dés que l'on parle de la tribu des Bara, tout de suite, l'idée de voleur de zébus surgit à la tête des communs des mortels, surtout en ces moments de douloureuses actualités dans l'Ihorombe ou ex-Ibara.

   Effectivement, si de nos jours cela est devenu une activité purement lucrative, jadis, le vol de zébu était tout simplement d'un rituel bien encadré dans un processus de construction social basé sur le besoin de reconnaissance d'un candidat au mariage.


(source)
  Entre autres, il était interdit de :

  • vendre le boeuf escamoté à son voisin
  • volé le bétail d'une veuve ou d'un handicapé
  • s'accaparé d'une quantité trop importante de bêtes
  • ...
   Hélas, ce n'est guère plus le cas de nos jours.

   Pour rester dans le sud-ouest malgache, on peut se poser la question si c'est par besoin de reconnaissance que le professeur d'anglais René Fulgence, Bara originaire d'Ilakaka, a écrit, réalisé et produit une trilogie sur les voleurs de zébus. Les deux premiers volets sont déjà disponibles sur le marché en DVD.

   Ceci nous fait penser que les français aussi écrivent par besoin de reconnaissance comme nous l'explique Vincent Monadé sur France culture.


  La plupart des personnes ressentent le besoin de reconnaissance comme nous le montre la réactivité des moteurs de recherche à ce sujet sur internet.


  Bien que faisant partie des besoins secondaires, le besoin de reconnaissance a été le sujet d'étude de Yolande François de l'Université Lyon 3.

(page 5)
    Patrick Collignon, différence bien les trois forme de besoin de reconnaissance :


(source)
  
   Pareillement, le manque de considération peut porter préjudice à l'édifice d'un meilleur estime de soi, jusqu'à semer le trouble au sein d'une entreprise.

(source)
   C'est pour cela que même le Lean Management, qui est une stratégie de long terme, prend en compte ce volet non négligeable dans l'organisation socio-professionnelle.



(page 5)
   Enfin, au sujet de l'impact du manque de reconnaissance et la mise à l'écart d'une partie des citoyens sur la radicalisation des terroristes, le débat entre les sociologues et le pouvoir exécutif est clos puisque le gouvernement a mis en place un site pour prévenir les français des risques d'embrigadement.

(source)
   Tout cela aurait pu être éviter si la prévention par le biais de l'éducation était une priorité. Nous sommes encore loin de comprendre que la méditation reste une voie vers le bien-être, donc elle peut limiter l'agressivité. Deepak Chopra l'a expliqué clairement :

(méditation du 19° jour)

   Voici quelques clés que nous livre André Charbonnier pour rehausser votre estime de soi tout en vous libérant de ce besoin secondaire.

(lire l'article)
   Même les dahalo en pleine reddition ont droit à une lettre de reconnaissance de la part de la gendarmerie !


(source)
   Des offensives initiées par la gendarmerie avec l’appui d’une armée de villageois ont contraint une centaine de dahalo retranchés à la reddition.

  "Des villages des fins fonds de la brousse de Betroka libérés de l’emprise des dahalo. Dimanche et lundi, une centaine d’hommes, dont la plupart étaient tristement connus par les personnes de leur entourage comme étant des voleurs de bétail et des bandits de grand-chemin sont sortis de leur fief, enfoui dans les montagnes profondes de l’Andriry-Sud.

   Cette  reddition s’est opérée dans la commune rurale de Bekorobo au terme d’une double opération militaro-civile menée à l’initiative des groupements de la gendarmerie nationale des régions de l’Anosy et de l’Androy.

  Après une victoire arrachée au forceps par le lieutenant-colonel Théodule Ranaivoarison ainsi que le capitaine Harena Rakoto­malala, commandant de la compagnie de la gendarmerie de Betroka et leurs hommes, lors d’un affrontement soldé par la mort d’une quinzaine d’individus armés les 18 et 19 mai dans les dédales de montagnes de Berotsy, un repaire de dahalo autrefois réputé comme étant un abattoir à gendarmes, les forces de l’ordre ont verrouillé leur avantage en revenant à la charge.

   Du 2 au 5 juin, quatre-vingt éléments, dont des gendarmes de l’Unité spéciale anti-dahalo (USAD) et des  militaires appuyés par près de huit cents villageois équipés d’armes blanches et de fusils de chasse, sont revenus à la charge, pour marcher à Mahilivoro, Nanarena, Itroho et Ambinda faisant office de  plaque tournante, ces quatre localités sont bien connues des gendarmes comme étant des lieux de blanchiment et de partage des bœufs volés mais aussi de repli, de constitution et de reconstitution des hordes de dahalo les plus redoutables. En 2012, le capitaine Jonah Tsiresindahy y a été tué aux côtés de trois de ses gendarmes ainsi qu’un officier de l’armée malgache. Pas plus tard qu’au mois de janvier de l’an passé, un gendarme de Bekorobo y était également tombé sous les balles des dahalo.

   Des villages déserts attendaient néanmoins le fokonolona et le peloton armé lors de la deuxième opération de début juin. Aucune résistance n’a été rencontrée pendant cette conquête qui a eu pour effet de déclencher six jours plus tard la reddition de la centaine d’individus terrés dans la chaîne de l’Andriry.


Système ingrat

   Dimanche, les caïds des montagnes d’Ambinda leur ont emboîté le pas en se rendant à la société et aux autorités. Des zébus offerts par leurs villages ont été tués afin d’en partager la viande pour ficeler le pacte de reddition.

   « Les villageois qui ont participé aux opérations ont combattu vaillamment, sans contre partie. Nous leurs avons décerné des lettres de reconnaissance pour manifester notre gratitude », confie le colonel Théodule Ranaivoarison.

   Si d’une part, ce geste de la gendarmerie avait de quoi remonter le moral des civils qui lui ont prêté main forte, l’octroi de lettres de félicitation aux éléments des forces de l’ordre qui ont bravé la mort sur le champ de bataille depuis la reddition de quatre mille dahalo à Amboasary-Sud en 2014 se font attendre depuis maintenant plus de trois ans".


Andry Manase (16.06.2017 - L'Expressmada)


Image du mois 
(source)
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Mise à jour ce 13.07.2017 :






    Du besoin de reconnaissance à la comparaison aux autres et à la mésestime de soi, il n'y a qu'un pas... 
(lire l'article)

  







jeudi 11 mai 2017

Besoin d'éducation

Fitaizana - Chapitre IX






  Le besoin d'hygiène du mois précédent induit un autre besoin : celui de l'éducation.

 Jadis chez les Bara la meilleure des éducations était dispensée par les apelabatotse. Riches de leurs expériences, ces grand-mères enseignaient à leurs petit-enfants le savoir-vivre au sein des sociétés Bara.   


(source)
   Aujourd'hui, le système éducatif officiel dans l'Ibara ne correspond pas à la demande de la population comme le signale l'association FITIBA.


(lire l'article)
  
   Depuis la colonisation, des écoles chrétiennes ont fait leur apparition. Dans la région limitrophe du pays Bara, la communauté fifohazana s'est investie dans l'enseignement.

             

   La formation à l'hygiène et à la médecine était aussi dispensée dans la capitale malgache par les norvégiens en premier lieux, puis par les français depuis l'annexion.

                       

     Ecoles de médecine                                            Dr. Ove J.R. Thesen et ses étudiants  en 1895

   De nos jours, les écoles peuvent encore avoir de triste aspect.

                                                           


                                                                                    (source)

   Et comme l'Etat laisse à l'abandon les élèves et les instituteurs, de nombreux établissements privés prolifèrent et de toute obédience. Dernièrement, le gouvernement menace de fermer quelques une d'entre elles pour des raisons diverses : 


(lire l'article)
(lire l'article)
 Même dans la capitale des écoles post-bac font fortune en promettant des diplômes aux étudiants, tout en sachant que comme en France, obtenir un master ou un doctorat n'est guère un gage d'embauche ! 

  Mais revenons à l'éducation de base. Voici une petite école mise en place par une association dans le village de Mangarivotra dépendant du fokontany d'Atalata Vaovao dans la région de l'Itasy.


                                
                                                                      Avant rénovation
photos d'Insularis Boulevard
  Après quelques travaux; grâce à de généreux donateurs, l'école est plus lumineuse comme le sourire des élèves aussi d'ailleurs !

      
 Partout à Madagascar, le salut au drapeau reste une institution
photos d'Insularis Boulevard
   De manière plus ambitieuse, Matthieu Ricard a créée des écoles en bambous au Népal.


   En plus de l'architecture, la pédagogie est aussi innovatrice dans ces institutions parrainées par le moine bouddhiste : ce sont les élèves qui évaluent et choisissent leurs enseignants !


(lire l'article)
   Parents, sachez que si vous n'envoyez pas vos enfants à l'école, vous êtes condamnable vis à vis de la loi...


(lire l'article)
  ... Même s'il y a de quoi réfléchir sur ce que vous allez transmettre par le biais de cette école...





Photo du mois 



    

dimanche 30 avril 2017

Besoin d'hygiène

Fahasalamana & fahadiovana - Santé

    L'article du mois précédent parlait de notre alimentation. S'il n'est plus à démontrer que notre bonne santé dépend de notre régime alimentaire, il nous reste alors la gestion problématique des déchets que nous générons.

   Effectivement Gandhi disait que "L'assainissement est plus important que l'indépendance" !


(lire l'article)
   En juillet 2015 nous avons déjà évoqué ici l'usage plus que précaire des latrines dans le sud malgache pour cause de tabou. 

   En terme d'hygiène, notons aussi la qualité déplorable de la dentition des peuples du haut plateau malgache, faute d'hygiène dentaire digne de ce nom associée à une consommation de sucrerie plus prononcée par rapport aux habitants du littoral. 




Les Bara échappent à cette règle de part leur régime alimentaire moins riche, ce qui leur permet de garder très longtemps des dents saines et magnifiques !



    La gestion des menstruations demeure un véritable calvaire pour beaucoup de malgaches en terme d'hygiène féminine car l'accès aux serviettes hygiéniques est tout simplement prohibitif !


(écouter le reportage)

   Heureusement les programmes éducatifs sont de plus en plus nombreux et renforcent toutes les actions préventives en terme de santé publique... tout en tenant compte des dérives dans le passé au sujet du "besoin impératif" sinon "impérial" d'hygiène...


(lire l'article)
  Mise à jour ce 18.05.2017 :

    Le tri des déchets contribue aussi à l'assainnissement et à l'hygiène au quotidien :















(voir la vidéo)

Photo du mois 



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Mise à jour du 17.06.2017 : 

   Il se trouve que même dans un pays comme la Corée du Sud, envié pour sa croissance et son PIB, les problèmes liés à l'hygiène féminine restent au même stade que ceux d'un pays "pauvre" comme Madagascar.

   Faute de disposer d'un pouvoir d'achat conséquent, certaines coréennes sont obligées d'utiliser des semelles intérieures (semellettes) de chaussures comme protection intime lors de leur menstruation !


(lire l'article)